Il y a dans le travail de Maha Kays un engagement entier dans le principe de voir et celui de montrer. Etirée dans le temps à travers le médium vidéo, l'action de voir se double ici d'une attente : prendre le temps de laisser les choses se passer. Composés comme les différentes partitions d'un récit, les films de l'artiste sont une mise en abîme du processus de fabrication de l'image. De l'image fixe, photographie, plan fixe, à l'image animée ou cinéma, le travail de Maha Kays superpose les différentes couches du visible comme les différents états du récit, fictionnel ou biographique, et les différentes portées de la mémoire, collective ou individuelle. Formant un ensemble indivisible, les écrans comptent pourtant des images autonomes mais qui se contaminent mutuellement, par transparence, par nécessité, par transmission.

Attendre ce moment de basculement où l’image se réveille, entame son mouvement, sa longue gymnastique. Cette pérégrination temporelle force alors à un engagement tout entier du corps. L'artiste construit ainsi l'espace comme une architecture de projection qui ne nous montre jamais toutes ses images en même temps, ne nous en livre parfois que leur ombre, nous dissimule leur identité, leur source, leur géographie.

La solitude finalement de celui qui regarde, en suspens, est puissante : cette image-écran ou cette image-mur qui arrête net son corps et met pourtant du temps à se mouvoir, ce frémissement fragile vers la forme devant lequel chacun est à la recherche d'un signe. Voir prend alors des formes nouvelles. Par anticipation, appréhension, compréhension, chacun devient capable d'éprouver ce visible qui en un instant s'unifie. (Texte de Élisa Rigoulet, 2014)